Religion

«Une attaque cérébrale au lieu d'une prière» : la biographie du prêtre arrêté pour un service funèbre

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Le 19 février 2024, « Novaïa Gazeta Europe » a publié un texte de la spécialiste des religions Lera Furman consacré à Grigori Mikhnov-Vaitenko. L'arrestation du prêtre a été motivée par un post Facebook appelant à venir à un service funèbre en mémoire de Navalny. Le jour même, il se trouvait en réanimation à l'hôpital Elizavetinskaïa, victime d'un accident vasculaire cérébral ischémique.

Grigori Mikhnov-Vaitenko est connu à Saint-Pétersbourg non seulement comme prêtre, mais aussi comme un homme dont la biographie est loin d'être typique d'un serviteur de l'Église. Son parcours a commencé à Moscou, où il est né en 1967. Il a été baptisé par Alexandre Men, l'une des figures les plus marquantes de l'orthodoxie russe de la seconde moitié du XXe siècle, qui prêchait l'ouverture de l'Église à la société et aux personnes cultivées. Plus tard, Mikhnov-Vaitenko a étudié au VGIK, l'Institut d'État de cinématographie de l'URSS, et cette expérience a profondément marqué son travail ultérieur dans les médias.

De la télévision à la paroisse

De 2003 à 2008, il a dirigé la chaîne de télévision « Blagovest », qui s'adressait à un public orthodoxe. À partir de 2009, il a exercé son ministère de prêtre à Staraya Russa, une petite ville de la région de Novgorod. Le tournant de sa vie est survenu en 2014, lorsqu'il a privé de la communion les participants à la guerre du Donbass et a quitté l'Église orthodoxe russe. Cette décision a fait de lui l'un des rares prêtres à avoir publiquement rompu avec la position officielle du patriarcat de Moscou sur le conflit ukrainien.

En 2015, il a été ordonné évêque de l'Église orthodoxe apostolique. Cette structure est née du regroupement de communautés qui ne reconnaissent pas l'unité avec le patriarcat de Moscou et existe en dehors du système canonique habituel de la plupart des Églises orthodoxes locales. En 2023, Mikhnov-Vaitenko a été élu à sa tête jusqu'en 2027. Il siège par ailleurs au Conseil des droits de l'homme de Saint-Pétersbourg, où les questions de liberté de conscience et de droits civiques sont débattues avec des juristes et des militants.

Un service funèbre devant l'immeuble

L'affaire de l'arrestation a commencé par un post sur Facebook. Le prêtre appelait à venir à un service funèbre en mémoire d'Alexeï Navalny, mort en colonie, et cette publication a servi de motif à son interpellation devant son immeuble. Au 43e commissariat, un procès-verbal a été dressé sur la base de l'article 20.2.2 du Code des infractions administratives. Cet article concerne la violation de l'ordre d'organisation ou de tenue de manifestations publiques, et il est généralement appliqué aux rassemblements de personnes sans notification préalable aux autorités. L'audience sur son arrestation a été fixée au lendemain.

Pour de nombreux observateurs, la question de principe était la suivante : un rite religieux peut-il faire l'objet de poursuites administratives ? Les journalistes de « Novaïa Gazeta Europe » ont analysé en détail la situation du point de vue de la loi. Lev Chlosberg, de « Iabloko », a rappelé que la loi de Saint-Pétersbourg n'exige pas de faire approuver les rites religieux par les autorités. Évaluant les faits, il s'est exprimé avec virulence : « En Russie, c'est une attaque cérébrale de l'humanité qui a eu lieu. »

Le prêtre lui-même, dans ses déclarations, mettait l'accent sur l'aspect moral. Selon ses propos cités par le journal, « le domaine de responsabilité de l'Église, c'est la miséricorde et la justice » :

« Le domaine de responsabilité de l'Église, c'est la miséricorde et la justice »

Ces mots décrivent bien la logique de ses décisions de ces dernières années : de l'excommunication des participants à la guerre aux appels publics à honorer la mémoire d'un prisonnier politique et d'un opposant.

La réanimation

Le jour même de son arrestation, Mikhnov-Vaitenko a été diagnostiqué avec un accident vasculaire cérébral ischémique. On désigne ainsi un état dans lequel l'irrigation sanguine d'une zone du cerveau est perturbée par l'obstruction d'un vaisseau. Il a été hospitalisé à l'hôpital Elizavetinskaïa, où il s'est retrouvé en réanimation. Selon ses proches, le prêtre pouvait parler au téléphone pendant cette période, ce qui, selon sa famille, témoignait de la préservation de la fonction de la parole dans les premières heures suivant l'attaque.

La coïncidence entre l'arrestation et la maladie est rapidement devenue un sujet de discussion dans les médias pétersbourgeois et fédéraux. Une partie de ses collègues et de ses partisans a lié ce qui s'était passé aux pressions subies par le prêtre, bien que les médecins aient parlé des causes de l'attaque en termes de diagnostic médical. C'est pourquoi, dans les publications sur les faits, il importe de distinguer les faits concernant l'état de santé et les évaluations des circonstances de l'arrestation.

L'article de Lera Furman est paru au moment où le débat public sur les limites de la liberté religieuse en Russie était particulièrement vif. Il retraçait l'intégralité de la biographie de Mikhnov-Vaitenko : de son enfance dans une famille moscovite et de son travail à la télévision jusqu'à son ministère épiscopal et son activité de défense des droits de l'homme. Cette approche a permis aux lecteurs de voir dans l'arrestation non pas un épisode fortuit, mais la continuation du parcours d'un homme qui avait depuis longtemps choisi une position publique.

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Kirill Ierchov