Culture

Desnitski explique la rupture de Tolstoï avec la tradition ecclésiale

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Le 9 mars 2017, le bibliste Andreï Desnitski a présenté le cycle de conférences préparé pour le projet Lemanika et expliqué pourquoi, selon lui, Léon Tolstoï, tout comme l’Église de son temps, a renoncé à l’ensemble de la tradition chrétienne. Dans un entretien avec Ilia Ovtchinnikov, il a évoqué la manière dont les écrivains russes — Tolstoï, Boulgakov, Pasternak — se sont emparés des sujets évangéliques, et ses ateliers sur Pouchkine avec des adolescents.

Desnitski, que le média présente comme docteur en philologie, professeur de l’Académie des sciences de Russie et chercheur principal à l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie et à l’Institut de traduction de la Bible, avait préparé trois conférences pour le projet Lemanika. La première porte sur la question de savoir si la Bible est un mythe ou une histoire ; il n’a pas voulu en révéler la réponse à l’avance. La deuxième traite de la façon dont les textes bibliques se réfractent dans la culture russe, notamment chez les écrivains qu’il appelle des évangélistes.

Tolstoï et son Christ

Selon Desnitski, Tolstoï s’opposait à l’Église orthodoxe, qu’il considérait comme un système sclérosé où le pouvoir et l’argent primaient sur tout. « Avec l’Église de son temps, Tolstoï a renoncé, au fond, à toute la tradition chrétienne, en inventant son propre Christ », a déclaré le bibliste. Il a noté que Tolstoï s’inscrivait largement dans la tradition des récits critiques de l’Évangile apparue en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, et qu’il avait lui-même donné sa propre réécriture de l’Évangile.

Desnitski a dit respecter Tolstoï tout en étant souvent en désaccord avec lui, tandis qu’il aime Pasternak et est presque toujours d’accord avec lui. Il considère Boulgakov et Pasternak comme des auteurs ayant écrit sur des thèmes évangéliques, non comme des exégètes de l’Écriture. Selon lui, Iéchoua dans « Le Maître et Marguerite » n’est pas le Jésus des Évangiles, mais une reconstruction critique dans l’esprit de la tradition occidentale, que le Maître a trouvée soudainement précieuse.

Desnitski a rappelé que le roman de Boulgakov a été écrit dans la Russie des années 1930, où les sujets bibliques étaient largement connus, mais où la culture de masse s’en était détournée ; le livre a été lu dans les années 1960 par des gens qui, pour la plupart, ne connaissaient pas le christianisme par les sources originales. Il qualifie Pasternak d’homme profondément croyant, mais non pratiquant. Comme quatrième écrivain de cette série, il aurait choisi Joseph Brodsky, qui, selon lui, a écrit plus de poèmes sur la Nativité du Christ que sur tout autre sujet.

Pourquoi pas Dostoïevski

Dostoïevski, selon Desnitski, mériterait un grand sujet à part : il se concevait comme un homme d’Église, et son texte sur le Grand Inquisiteur est, pour le bibliste, l’un des textes évangéliques les plus profonds et prophétiques de la littérature russe. Il ne comptait pas l’aborder dans sa conférence, notamment parce qu’il ne voulait pas parler de l’« âme russe mystérieuse » dont Dostoïevski est devenu l’ambassadeur en Occident.

Pouchkine pour les adolescents

La troisième conférence s’adresse aux enfants. Desnitski a raconté qu’il animait depuis un certain temps des ateliers avec des adolescents de 11 à 15 ans et qu’il y voyait un travail pour l’avenir ; selon lui, il existe une demande de la part de familles vivant hors de Russie qui souhaitent que leurs enfants conservent la connaissance de la langue et de la culture russes. L’atelier devait consister à lire lentement des poèmes de Pouchkine, peut-être selon le choix du public ; il jugeait impossible de couvrir la prose, y compris « La Fille du capitaine », en une seule conférence. Il a comparé la place de Pouchkine dans les lectures d’enfance à l’immuabilité du monument au poète au centre de Moscou.

Évoquant l’essor des cycles de conférences, il l’a lié au fait que les gens sont désormais plus ou moins rassasiés et en sécurité, et que les possibilités de développer sérieusement une entreprise sont quasi inexistantes, tandis que l’activité culturelle n’est pas interdite. Il a rattaché au même phénomène la croissance de la philanthropie et la formation d’une société civile, qui, selon lui, naît de la discussion de choses dont on ne parlait pas auparavant.

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Carlos Benítez

Photographie: Иллюстрация Maralles, создана с помощью ИИ