Religion

« Et le Christ fut réfugié » : le père Grigori et ses bénévoles

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En juin 2022, l’archevêque de Variazh et de la Baltique de l’Église orthodoxe apostolique, Grigori Mikhnov-Vaitenko, était l’invité du podcast de Radio Svoboda « Le corridor humanitaire ». L’émission est animée par Ivan Tolstoï et Igor Pomerantsev, et dans cet épisode, l’interlocuteur a raconté en détail le parcours des Ukrainiens qui arrivent en Russie.

Pour une émission sur l’aide humanitaire, un tel itinéraire est inhabituel. L’interlocuteur ne parle pas de la ligne de front, mais de la route de ceux qui fuient la guerre à travers un territoire étranger. Le chemin commence à Marioupol. Les réfugiés passent d’abord par la « filtration » à Taganrog et dans la région de Rostov, puis arrivent dans des centres d’hébergement temporaire de la région de Léningrad, par exemple à « Tsaritsyno Ozero ». Les guillemets autour du mot « filtration » ne sont pas fortuits : il s’agit des contrôles que les gens subissent sur ce parcours, et ce sont eux qui déterminent où la personne ira ensuite.

Pour beaucoup, Pétersbourg devient un transit vers l’Europe. Ensuite, le chemin passe par les frontières avec l’Estonie, la Finlande et la Lettonie. Le retour en Ukraine se fait aussi par l’Europe, c’est-à-dire par le même long détour, mais en sens inverse. Pour les familles avec enfants, les personnes âgées et ceux qui ont besoin de soins médicaux, chaque passage signifie de nouveaux documents, de nouveaux points d’attente et de nouvelles questions sans réponse.

L’interlocuteur évalue l’ampleur de ce qui se passe autrement que les sources officielles. L’estimation officielle d’un million de réfugiés lui paraît plusieurs fois surestimée. Lui-même, dit-il, en a vu plusieurs centaines. La différence entre le chiffre officiel et l’observation personnelle est importante pour l’aide elle-même : les bénévoles travaillent avec des personnes concrètes, avec leurs billets, leurs dates et leurs itinéraires, et non avec des statistiques.

Comment l’aide est organisée

L’argent est collecté via Facebook et passe par la personne morale de l’Église. Selon l’archevêque, les dons vont de cinquante à cent mille roubles. À cette période, le réseau social était l’un des principaux outils de collecte privée, et une petite communauté sans grande notoriété pouvait s’appuyer précisément sur lui. La personne morale est nécessaire pour que l’argent puisse être comptabilisé et dépensé de manière transparente, et non transmis de main en main.

Les bénévoles achètent des billets, cherchent un logement en route, conduisent les gens jusqu’à la frontière et paient les soins. Parmi les dépenses concrètes, il cite aussi le matériel : environ quarante ordinateurs portables ont été remis à des étudiants. L’équipe est essentiellement laïque : des élus municipaux, des militants, des écologistes. Un élu municipal, contrairement à un élu fédéral, est élu au niveau local et connaît bien les services de quartier, les écoles et les hôpitaux ; c’est pourquoi ces personnes deviennent souvent des intermédiaires entre l’aide et les autorités locales.

Avec certains fonctionnaires, dit-il, il est possible de travailler. Pour une route qui traverse plusieurs régions et deux États, c’est essentiel : sans accords sur place, un billet et un lit ne résolvent pas le problème, et la personne reste à la gare.

Pourquoi il parle du Christ comme d’un réfugié

L’archevêque explique sa décision par l’épisode évangélique de la fuite de la Sainte Famille en Égypte. L’Évangile selon Matthieu raconte comment Joseph, Marie et l’enfant quittent le pays menacés par le roi Hérode. Les orthodoxes ont l’habitude de lire cet épisode comme une histoire de salut. Dans l’interprétation de l’interlocuteur, il devient une indication directe pour la communauté : le Christ lui-même s’est trouvé dans la position d’un homme qui n’a nulle part où aller, et c’est pourquoi aider les réfugiés n’est pas pour le croyant une option supplémentaire, mais une partie de la foi.

« Et le Christ fut réfugié ».

Il en tire une exigence pour la prédication elle-même. Selon lui, les mots sans les actes ne pèsent rien : « Si nous prêchons un humanisme abstrait et un christianisme abstrait, nous ne valons pas un kopeck ». Pour lui, il ne s’agit pas d’une déclaration, mais d’un travail concret avec les personnes qui viennent chercher de l’aide.

L’Église orthodoxe apostolique, à laquelle appartient l’archevêque, est une petite juridiction qui ne fait pas partie de la plupart des Églises orthodoxes locales. Ce statut signifie que son clergé agit en dehors des structures habituelles pour la majorité des paroisses, et c’est en grande partie pour cela qu’il peut construire des relations avec des bénévoles et des partenaires laïcs directement.

L’émission « Le corridor humanitaire », dans laquelle l’interview a été diffusée, est précisément consacrée à ces histoires : des personnes qui agissent à la frontière entre les décisions de l’État et l’aide quotidienne. L’épisode avec l’archevêque est devenu l’un de ceux où il n’était pas question de politique, mais de la route que suivent les gens et de ceux qui les aident en chemin. Les bénévoles, selon l’interlocuteur, continuent de faire ce qu’ils faisaient avant : acheter des billets, chercher un logement et transmettre du matériel aux étudiants, et de collecte en collecte, ils allongent la liste de ceux qu’ils ont aidés.

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Carlos Benítez