Religion

Desnitski explique comment Internet transforme la communication religieuse

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Le 16 février 2012, «Pravmir» a publié un entretien avec le bibliste et traducteur Andreï Desnitski, à l'occasion de la réédition de son livre «Des gens et des phrases» aux éditions «Nikée». L'auteur y réfléchit à la communication électronique, à la personnalité virtuelle et à la manière dont Internet modifie les échanges entre croyants. Propos recueillis par Elizaveta Merkoulova.

La raison de cet entretien est la deuxième édition du livre «Des gens et des phrases», dans lequel Desnitski réfléchit aux relations entre les hommes d'aujourd'hui et, en particulier, à la communication électronique. Selon lui, la forme électronique n'affecte pas l'essence des relations, mais facilite l'acquisition de nouveaux contacts.

Il cite un exemple tiré de sa propre vie : il a fait la connaissance d'un ami sur Internet, alors que tous deux étaient paroissiens d'une même église et se connaissaient de vue, mais ne se parlaient pas à l'église. Pour Desnitski, Internet «par un de ses bords rappelle le Royaume des Cieux, où il n'y a pas de barrières, où, comme je l'espère, on peut communiquer avec toute personne qui le souhaite».

Personnalité virtuelle et charge du texte

Interrogé sur la personnalité virtuelle, Desnitski affirme que de telles personnalités existent et cite le cas d'un interlocuteur en ligne qui se le représentait «très nerveux, avec une voix aiguë». Lui-même reconnaît être plus réservé à l'oral que dans les discussions où il peut se permettre des propos tranchants.

Il explique pourquoi il est plus facile de se livrer devant un ordinateur, notamment par la linguistique : selon lui, les linguistes ont confirmé expérimentalement que le texte ne transmet qu'environ un dixième de l'information, le reste étant constitué des regards, des gestes, des postures, des intonations et des mimiques. Sur Internet, au contraire, l'essentiel de l'information passe par le texte, et le mot supporte une lourde charge sémantique. Il n'y voit pas une ouverture, mais une «informativité accrue forcée du texte».

Il y a aussi un aspect psychologique : la communication virtuelle permet de brosser des tableaux idéaux, et il est difficile de vérifier l'authenticité de ce qui est dit. Selon l'observation de Desnitski, il arrive que des croyants transposent cela dans la vie réelle, créant autour d'eux un «jardin de conte de fées».

Le forum comme une foule

Dans son livre, Desnitski écrivait qu'un forum très fréquenté rappelle une foule d'autistes. Il précise : sur un forum, l'interlocuteur cesse souvent d'être un interlocuteur et ne devient qu'un prétexte à s'exprimer, la tâche du participant étant de s'exprimer et de s'expliquer à lui-même. Ce n'est pas tant une communication avec l'autre qu'avec son image idéale à propos de l'autre.

Lui-même se sent plus à l'aise dans les blogs, et préfère Facebook, car c'est «une chose très personnelle», où l'on est toujours chez quelqu'un, alors que sur la «place» du forum, il est difficile de communiquer.

Il distingue le livre et le blog par leur fonction : le blog est «une cuisine où quelque chose bout, gargouille, mijote», une réplique hâtive lancée en courant, tandis que le livre est un plat préparé, servi à table.

Réaction des lecteurs et responsabilité de la parole

À la question de savoir s'il a modifié son texte sous l'effet des réactions des lecteurs, Desnitski répond que l'article le plus important pour lui dans le recueil est «La sortie de l'Église» : sa publication électronique a suscité une avalanche de commentaires, après quoi il a considérablement complété le texte pour la publication papier. Il lui arrive aussi de publier des séries d'articles en réponse aux commentaires.

Il reconnaît cependant que la communication virtuelle a parfois gâté des relations : quelqu'un a transmis quelque chose, un autre s'est offensé. Dans la communication virtuelle, selon lui, il ne peut y avoir rien de secret : tout sera cité et connu. Il rapproche cela des paroles évangéliques : «Il n'y a rien de secret qui ne devienne manifeste».

À ce propos, il rappelle l'histoire d'un sage juif à qui l'on demandait ce que les dispositifs techniques pouvaient enseigner. Du téléphone, celui-ci répondit : «Ce qui se dit ici s'entend là-bas», et du télégraphe : «Que toute parole est comptée et a son prix». Selon Desnitski, Internet peut enseigner que pour toute parole prononcée il faudra rendre des comptes.

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Carlos Benítez

Photographie: Иллюстрация Maralles, создана с помощью ИИ