Religion

À Moscou, on a présenté la chronique de la fusion de l'État et de l'Église pour l'année 2012

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Le 16 mai 2013, au Centre de presse indépendant de la rue Pretchistenka, a été présenté le livre de Sergueï Bouryanov « Les problèmes de la mise en œuvre de la liberté de conscience et de la laïcité de l'État dans la Fédération de Russie ». L'auteur, coprésident du Conseil de l'Institut pour la liberté de conscience, le qualifie de chronique de la façon dont, en 2012, l'État et les associations religieuses se sont rapprochés au point que la religion est devenue un instrument politique.

Le livre est consacré à une seule année, mais il décrit un processus qui, selon l'auteur, s'est formé sur une plus longue durée. Bouryanov considère 2012 comme le moment où les relations entre l'État et les organisations religieuses ont cessé d'être formelles pour se transformer en une alliance pratique. La thèse principale de l'auteur : l'un des conflits les plus aigus de la société russe est né de l'utilisation de la religion à des fins politiques.

Les événements charnières de l'année sont, selon le livre, le procès de Pussy Riot et la promotion à la Douma d'État de projets de loi sur la protection des « sentiments des croyants ». Ces deux épisodes ont fait sortir le débat sur le rôle de l'Église des cabinets d'experts pour le porter sur la place publique. Le premier concernait un groupe punk qui s'était produit dans une église moscovite ; le second prévoyait une protection juridique des convictions religieuses contre les insultes, c'est-à-dire, en substance, l'introduction d'un statut particulier pour les sentiments d'un groupe de citoyens.

Le titre du livre n'est pas non plus fortuit. La laïcité de l'État signifie que le pouvoir ne privilégie aucune religion et n'intervient pas dans les affaires internes des organisations religieuses. La Constitution de la Fédération de Russie proclame le caractère laïc de l'État, mais, comme le montre le travail de Bouryanov, dans la pratique, la frontière entre les sphères étatique et religieuse s'est estompée en 2012.

Qui s'est réuni à Pretchistenka

La présentation a été organisée par quatre structures : le mouvement « La Russie pour tous », le Conseil indépendant des droits de l'homme, l'Institut pour la liberté de conscience et le groupe Helsinki de Moscou. Le thème du livre était au cœur des préoccupations de chacune d'elles. L'Institut pour la liberté de conscience s'occupe des aspects juridiques des relations entre l'État et les associations religieuses, tandis que le groupe Helsinki de Moscou compte parmi les plus anciennes organisations de défense des droits de l'homme du pays et parle publiquement depuis des années des violations des droits de l'homme.

Aux côtés de l'auteur, autour de la table, se trouvaient la présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alekseïeva, le fondateur de « La Russie pour tous », Viktor Bondarenko, le militant musulman et ancien prisonnier politique Roustem Latypov, le rédacteur du portail du mouvement, Roman Bagdasarov, et la participante de Pussy Riot, Ekaterina Samoutsevitch. Une telle composition permettait de discuter du problème sous différents angles : du point de vue des défenseurs des droits de l'homme, des représentants de différentes confessions et d'une personne qui s'est retrouvée au centre de l'affaire judiciaire la plus retentissante de l'année.

Un prêtre et un dissident

Parmi les intervenants figurait également le prêtre Gleb Yakounine. Sa biographie en faisait une figure à part : il avait été un dissident soviétique et avait passé des années en détention comme prisonnier politique. Le média en ligne NEWSru l'a présenté comme secrétaire du synode de l'Église orthodoxe apostolique. Cette fonction est citée dans la note selon la version de NEWSru. L'Église orthodoxe apostolique est une petite communauté qui ne fait pas partie de l'Église orthodoxe russe ; c'est pourquoi l'intervention d'un tel participant sur la même tribune que des défenseurs des droits de l'homme et des experts laïcs paraissait inhabituelle, même dans le contexte des discussions ouvertes de l'époque.

L'enregistrement vidéo des interventions a été préparé par la fondation « Zdravomyslie », qui filme et publie les documents des débats publics sur les droits de l'homme afin qu'ils puissent être revus et discutés sans intermédiaires. Pour les participants au débat sur les projets de loi et le procès, ces enregistrements sont devenus l'un des rares moyens de fixer sous une forme exacte ce qui avait été dit sur les tribunes publiques.

La présentation au centre de presse s'inscrivait dans la continuité du débat public sur l'affaire Pussy Riot, dont tout le pays avait discuté en 2012. Bouryanov a choisi précisément cette année pour sa chronique parce que, selon son évaluation, c'est alors que l'État et les structures ecclésiastiques ont agi de manière concertée sur des questions qui concernent tous les citoyens, et pas seulement les croyants. Un an et demi plus tard, Yakounine ne sera plus.

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Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Photographie: Иллюстрация Maralles, создана с помощью ИИ