Dans le post de Mas, une phrase a déclenché le scandale : « La déportation des espaces virtuels est aussi douloureuse que celle des espaces réels ». Le texte mentionnait également le « décret de déportation de 11 millions de citoyens ». Le post lui-même s'opposait au blocage, mais l'analogie a rapidement relégué tout le reste dans la discussion. La publication est tombée le 18 mai, jour où, en 1944, a commencé la déportation des Tatars de Crimée, et pour cette date, la comparaison avec la déportation sonnait particulièrement douloureusement.
La réponse de Korotytch et les réactions
Irina Korotytch elle-même ne peut pas rentrer chez elle en Crimée depuis trois ans. Elle a qualifié l'analogie d'offensante et a répondu vertement à l'auteur : sa réponse était si dure qu'il est plus simple de la raconter que de la citer. Selon elle, l'auteur de l'analogie est soit un imbécile, soit un salaud. Son post a recueilli environ un millier de « j'aime » et plus de soixante-dix partages, et c'est lui qui est devenu la principale source de discussion. Le titre d' traduisait l'humeur des critiques par les mots « j'ai les mains qui tremblent », mais ces mots n'appartiennent pas à Mas, mais à ceux qui se sont indignés de son post.
Tatiana Paritskaïa a remarqué que la comparaison n'était pas l'idée principale du texte de Mas, qui dans l'ensemble s'opposait au blocage. Mais pour les gens qui ont vécu la déportation et l'occupation, c'est précisément cette phrase qui est devenue principale. Cette mise en avant explique pourquoi le débat s'est rapidement éloigné de la question des réseaux sociaux pour porter sur la possibilité même de parler de « déportation » à propos du blocage de services.
Qui est Oleksii Mas
Oleksii Mas est né à Kiev en 1974 et est diplômé de la faculté de radio-physique. Dans les années 1990, il a travaillé à l'Institut de recherche en systèmes d'information automatisés, puis à la banque « Capital ukrainien », et de septembre 1997 à mars 2000, il a été spécialiste principal de la Banque nationale d'Ukraine pour le traitement des paiements. En 1999, avec son camarade de promotion Rouslan Dmitrakovitch, il s'est lancé dans le réseau de bannières ukrainien, et en 2000, il a participé au lancement du réseau social « L'Arbre des amis » sur le portail ukrainien UAportal. Le portail a été vendu en 2007 au groupe.
En 2003 et 2004, Mas a participé au projet Infostore, un hébergeur de photos qui a fermé en décembre 2008 après que la police a saisi les serveurs. En 2009, il est devenu coorganisateur du premier iForum, grande conférence de l'internet business ukrainien, et en 2012, le cofondateur de Mail.ua, Alexandre Olchanski, a vendu le projet Mail.ru pour environ 0,5 million de dollars. En 2015, Mas est entré chez « Kyivstar » comme conseiller IT&Digital du président Petr Tchernyshov, puis a dirigé l'Innovation lab de l'entreprise. En avril 2016, le lancement de l'accélérateur télécom « VDNKh-TECh-Kyivstar » a été annoncé, que Mas supervisait avec l'entreprise.
Pourquoi l'analogie a blessé
Le blocage des réseaux sociaux russes, annoncé par décret au printemps 2017, ne concernait pas seulement « VKontakte », mais aussi d'autres services populaires, et pour une partie du public ukrainien, il s'agissait d'une décision politique et non d'une mesure technique. Les Tatars de Crimée, emmenés de la péninsule en 1944, commémorent cette date comme un jour de deuil, et dans ce contexte, toute comparaison de sa propre expérience avec la déportation est perçue comme une tentative de s'approprier la tragédie d'autrui. Pour ceux qui ont eux-mêmes perdu leur foyer, le mot « déportation » n'est jamais une métaphore.
Korotytch, selon ses propres mots, ne peut pas rentrer chez elle depuis trois ans. C'est pourquoi sa réponse était personnelle, et pas seulement politique. Son post a recueilli environ un millier de « j'aime » et plus de soixante-dix partages.
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