Il parle de l'Église sans ménagement. Selon lui, l'Église orthodoxe russe a œuvré à l'escalade, le patriarche Kirill refuse au peuple ukrainien toute subjectivité, et Moscou aurait dû être la première à proposer l'autocéphalie à l'Église ukrainienne. C'est cette formule que la rédaction de Meduza a mise en titre : « La position de l'Église orthodoxe russe est une perversion de l'idée chrétienne ».
L'autocéphalie désigne l'autonomie d'une Église locale, reconnue par l'Église mère. Dans le monde orthodoxe, la question du statut de l'Église ukrainienne dépasse depuis longtemps le cadre des canons, car elle engage des frontières étatiques, une politique linguistique et la rivalité de deux centres d'influence. L'entretien de Meduza, média en ligne indépendant travaillant sous contraintes sur le marché médiatique russe, est devenu l'une des déclarations marquantes d'un prêtre qui servait encore récemment au sein de l'Église orthodoxe russe.
Ligne d'urgence
Depuis le premier jour de la guerre, le groupe qu'il a réuni à Pétersbourg tient une ligne d'urgence pour les citoyens ukrainiens désireux de quitter la Russie. Selon l'archevêque, la conversation de volontaires compte environ quatre mille personnes, et plusieurs centaines aident activement. Le travail d'un tel groupe repose sur des choses simples : les gens appellent ou écrivent, reçoivent des informations sur les itinéraires et les documents, et les volontaires aident au déplacement.
Des centaines de personnes ont pu partir, notamment via Tikhvine et Ivangorod. Tikhvine se trouve dans l'oblast de Léningrad, et Ivangorod est située à la frontière russo-estonienne, face à Narva ; ces directions étaient donc importantes pour ceux qui cherchaient une sortie du pays. L'administration de l'oblast de Léningrad est qualifiée par l'archevêque d'« aidante », c'est-à-dire qu'elle n'a pas entravé le travail du groupe.
Il a formulé sa position ainsi :
« Je suis contre les politiques et pour les gens ».
Ministère en prison et excommunication
Jusqu'au 24 février 2022, l'archevêque menait un ministère en prison et rencontrait notamment des prisonniers de guerre ukrainiens. Le ministère en prison désigne un travail spirituel régulier en milieu carcéral : entretiens, prière, célébration des rites pour ceux qui sont privés de liberté. C'est précisément cette expérience qui, au fond, est devenue pour lui le point à partir duquel il a commencé à parler de la guerre comme d'une tragédie humaine concrète.
L'exclusion de la communion qu'il a prononcée en 2014 est une mesure ecclésiale : la personne est privée du droit de recevoir le sacrement de l'eucharistie. Mikhnov-Vaitenko l'a appliquée à ceux qui combattent volontairement contre l'Ukraine, et l'a fait dans une homélie. Il a ensuite quitté le clergé, c'est-à-dire qu'il a cessé d'appartenir au clergé de l'Église dans laquelle il servait.
L'Église orthodoxe apostolique qu'il dirige est connue comme une structure créée avec la participation de Gleb Yakounine. Yakounine est un prêtre qui, dans les années 1990, a critiqué publiquement la direction de l'Église orthodoxe russe et a été pour cela privé de son rang. Pour le média, qui décrit l'Église orthodoxe apostolique précisément par ce lien, il importe que l'archevêque ne parle pas au nom d'une grande tradition, mais au nom d'une petite Église avec sa propre histoire de conflit avec Moscou.
Au moment de l'entretien, le groupe continuait de tenir la ligne d'urgence pour les citoyens ukrainiens, et l'archevêque continuait de parler de la position de l'Église orthodoxe russe telle qu'elle avait été imprimée dans le titre de Meduza.
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