Politique

« L’industrie spatiale nationale a besoin d’un nouveau modèle » : Oussov dans le magazine « 2000 »

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Le 7 septembre 2020, le portail aérospatial ukrainien a republié une longue interview du chef de l’Agence spatiale d’État, Volodymyr Oussov. Selon le portail, l’entretien avait été réalisé en août par Vadym Feldman, correspondant de l’hebdomadaire « 2000 ». C’est l’une des dernières grandes interviews d’Oussov à son poste : le 16 novembre, le gouvernement l’a limogé.

La nomination d’Oussov ne s’est pas faite sans difficulté. Le 27 décembre 2019, le gouvernement l’a déclaré vainqueur du concours pour le poste de chef de l’Agence spatiale d’État, dix jours après que le Bureau d’enquêtes d’État a obtenu un mandat de perquisition dans l’affaire Gutenbergz. Cette société, fondée en 2011 par Oussov et ses partenaires, produisait des livres interactifs et des manuels électroniques. Comme l’écrivait TSN, des perquisitions ont eu lieu la nuit précédant la finale du concours, tant au domicile d’Oussov qu’au bureau. Aucun verdict n’a été rendu dans cette affaire, et l’enquête du BEE porte sur des achats de manuels dans la région de Mykolaïv. Par une ordonnance du 24 janvier 2020, il a été nommé pour cinq ans avec une période d’essai de six mois, et le 5 février, il a été présenté au personnel de l’agence.

Dans l’interview, Oussov décrit l’agence comme un mécanisme complexe. L’Agence spatiale d’État gère 24 entités : 15 entreprises publiques, 3 sociétés par actions, 1 holding public et 5 établissements budgétaires. Sa proposition consistait à ne conserver que deux fonctions à l’agence, celle de client public et celle de régulateur, et à transférer les entreprises de production à des holdings. Selon lui, sans cette restructuration, le secteur continuera de peser sur un budget qui ne lui est pas alloué dans son intégralité.

La question la plus aiguë concernait le propergol. Au 1er janvier 2020, 1 802,3 tonnes de propergol solide étaient stockées dans les entrepôts de Pavlohrad, et leur élimination, selon Oussov, prendra encore 17 à 18 ans. En 2019, 185,9 millions de hryvnias ont été alloués à ces travaux, 163 millions étaient prévus pour 2020, mais en août, les fonds n’avaient toujours pas été versés. Le sixième programme spatial pour 2021-2025, selon son plan, devait être adopté par la Rada avant le vote du budget 2021, faute de quoi, estimait-il, le financement serait de nouveau étalé sur des mois.

Sans satellites propres

L’Ukraine n’a plus de satellites en orbite depuis fin 2012. Le dernier lancement, « Sitch-2 », a eu lieu le 17 août 2011. L’agence cherche deux cosmodromes étrangers pour ses lancements et étudie ses propres options. L’une d’elles est le lancement aérien : la fusée est emportée en altitude par un avion, ce qui coûte moins cher qu’un complexe au sol. Il s’agit de deux Il-76 de « Ioujmach », qui doivent placer en orbite 150 à 200 kilogrammes de charge utile par lancement. Le projet est estimé à environ 150 millions de dollars. Le canadien MLS, selon Oussov, sera prêt dans environ trois ans.

Pour les petites entreprises, l’agence proposait deux plateformes : « Oko » pour l’observation de la Terre et « Ametist » pour la propriété intellectuelle développée par « Dniprocosmos ». L’objectif, selon Oussov, était de 5 à 10 start-up par an, et 47 candidatures étaient à l’étude. La fusée « Lybid-2 » du bureau d’études « Ioujnoïe », qu’il a estimée à environ 5 milliards de hryvnias, ne sera pas construite dans l’immédiat, a-t-il déclaré.

« Ioujmach » est devenu dans l’interview l’exemple le plus marquant de la transformation d’une entreprise. Selon Oussov, l’usine a remboursé ses arriérés de salaires et les paiements au budget sont reportés à 2025. Des négociations sont en cours avec le coréen Karis pour un projet d’autobus électriques d’un montant pouvant atteindre 1 milliard de dollars et avec le tchèque Vítkovice pour des moteurs à hydrogène de 50 millions d’euros. À la fin de l’entretien, Oussov a déclaré que l’une des formulations clés pourrait devenir obsolète :

« la formule “l’Ukraine est une puissance spatiale” pourrait ne devenir qu’un souvenir nostalgique »

Oussov lui-même, en mars 2020, a accordé une interview à UNIAN, en mai, il a donné une longue interview à où il évoquait la pression de la Russie sur le Brésil, et en juin, il répondait aux questions sur « Lybid » pour « Ekonomitchna Pravda ». À l’époque, sa position suscitait déjà des controverses. Comme l’écrivait Antikor, en juillet 2020, plus de 100 députés ont exigé le limogeage d’Oussov, et l’appel a été publié par l’avocat Masi Nayem.

Le dénouement est survenu à l’automne. Le 12 novembre, l’Ukraine a rejoint les accords Artemis, et le 16 novembre, par ordonnance du gouvernement, Oussov a été limogé en vertu de l’article 87 de la loi sur la fonction publique. Mykhaïlo Lev est devenu intérimaire. Le 15 décembre, Oussov a déposé une requête devant le tribunal administratif de district de Kyiv contre le gouvernement et l’Agence spatiale d’État, et le 21 décembre, le tribunal a ouvert la procédure, fixant l’audience préparatoire au 18 janvier 2021.

En janvier 2021, le vice-Premier ministre Oleh Ourousskyi a nommé à la tête de l’agence Volodymyr Taftaï, finaliste du même concours de 2019.

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Myroslava Berejna

Auteur

Chroniqueuse internationale

Photographie: Иллюстрация Maralles, создана с помощью ИИ