Mas n'est pas un novice en matière de réseaux sociaux. Son premier projet, « L'Arbre des amis », a vu le jour en 2000 sur le portail ukrainien UAportal, détenu par l'investisseur Alexandre Soroka. En 2004, il a lancé Infostore.org. UAportal a ensuite été vendu au groupe, et Mas lui-même déclarait en 2019 qu'il mûrissait l'idée de « réseaux sociaux artisanaux » depuis déjà trois ans. Il comptait bâtir son nouveau projet selon la même logique que les précédents, mais sans une seule grande plateforme : chaque réseau est créé pour un client spécifique.
L'argent du syndicat
Pour financer le projet, Mas a choisi une voie originale. Au moment de l'interview, il n'y avait pas encore d'investisseur principal, mais on en attendait des apports de 100 000 à un million de dollars. En parallèle, un syndicat d'amis était constitué, où l'on pouvait entrer avec une contribution à partir de 100 dollars. Vector citait un exemple : un participant détenant 10 % du syndicat, lequel détenait lui-même 5 % du projet, obtient 0,5 % du projet. Les utilisateurs devaient intégrer un conseil, appelé « board ». L'investisseur et le syndicat dirigent le projet à parts égales.
Le plan prévoyait cinq prototypes, dont un seul devait être conservé. Pour les tests, il fallait entre 15 et 25 clients, et 10 candidats potentiels étaient déjà identifiés. Le lancement devait d'abord se faire sur le web mobile, tandis que des versions pour Android et iOS étaient développées en parallèle.
Le projet comptait se rémunérer sur plusieurs axes. Les entreprises paieraient pour l'organisation de communautés et achèteraient des licences d'applications. Les utilisateurs achèteraient une monnaie interne, dont les revenus seraient partagés entre les organisateurs de communautés et les fondateurs. « Nous voulons donner aux gens les clés des groupes », expliquait Mas.
Un milliard et une « licorne »
Le projet affichait de grandes ambitions : une capitalisation d'un milliard de dollars et le statut de première « licorne » ukrainienne. Selon Mas, Facebook couvrait depuis 2009 80 % des besoins des utilisateurs, et c'est précisément cela qui créait un espace pour des réseaux de niche. Il en formulait le principe cardinal ainsi : « L'essentiel est de croître dix fois plus vite que le marché, alors tout réussira ».
Au moment de quitter « Kyivstar », Mas avait déjà l'expérience de l'organisation d'événements sectoriels. Il était coorganisateur de l'iForum, dont le premier forum s'est tenu en 2009, et animait le flux « Internet-business ». À l'automne 2019, le syndicat rejoignait le projet progressivement : en novembre 2019, il comptait environ 280 personnes.
Ce qui s'est passé ensuite
Le 10 mars 2020, les organisateurs ont annoncé que l'iForum-2020 était reporté à l'automne en raison de la pandémie de COVID-19. En août 2021, Mas indiquait que le syndicat comptait 411 investisseurs, qu'environ 58 000 dollars avaient été collectés et que le prototype en était à sa 77e version. À cette époque, le projet existait encore comme un développement fonctionnel, et non comme une présentation.
Le 6 octobre 2021, Oleksii Mas est décédé. Le 8 octobre, son frère Viktor a annoncé la nouvelle, ce qui a déclenché une vague de nécrologies et de rétrospectives dans les médias. Le 29 novembre 2021, un différend a éclaté sur le sort du projet : l'une des parties l'a déclaré fermé, tandis que le syndicat a continué d'être dirigé par Bohdan Hnatiuk. Ce dernier a rebaptisé le projet Craf le 30 novembre 2021. Hnatiuk est propriétaire du magazine Maralles et du projet Chakloon, et c'est finalement en Chakloon que s'est transformé ce qui avait commencé en 2019 comme des « réseaux sociaux artisanaux ».
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