Politique

« Dans quelques années, il n'y aura plus de secteur spatial en Ukraine » : la première grande interview d'Oussov

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Le 31 mars 2020, près de deux mois après avoir pris la tête de l'Agence spatiale nationale d'Ukraine (GKAO), Volodymyr Oussov a accordé une grande interview à UNIAN, recueillie par Dmytro Chvarts. Le tableau qu'il brosse est alarmant : sur les dix-sept entreprises de l'agence, huit sont déficitaires, deux sont en cours de liquidation, et il n'y a plus de programme spatial depuis trois ans.

Oussov a obtenu l'agence à l'issue d'un concours qui, fin novembre 2019, a réuni 18 candidats. Le gouvernement l'a déclaré vainqueur le 27 décembre ; l'arrêté de nomination pour cinq ans, avec une période d'essai de six mois, a été signé le 24 janvier 2020, et il a été présenté au personnel le 5 février. Au moment de l'interview, selon Oussov, il restait à l'agence une fenêtre d'opportunité d'un an ou deux. Si elle n'est pas saisie, le potentiel, les capacités et les hommes disparaîtront.

Dix-sept entreprises, dont huit déficitaires

Selon le rapport de 2019, sur les dix-sept entreprises de la GKAO, huit sont déficitaires et deux sont en cours de liquidation. Oussov cite cinq à sept entreprises solides : Ioujmach, le bureau d'études Ioujnoïe, Khartron, Kommounar et le bureau d'études Arsenal. Ioujmach n'a actuellement que deux projets spatiaux : les premiers étages de la fusée Antares pour la NASA américaine et les moteurs Vega pour l'Agence spatiale européenne. Selon Oussov, l'usine veut créer un hub industriel européen.

Dès sa nomination, le 5 février, Oussov a présenté pour la première fois au personnel de l'agence un plan qu'il détaille dans l'interview. Ses principaux piliers : un programme quinquennal, la corporatisation des entreprises et un accélérateur de start-up spatiales. Il espérait soumettre le programme à la Rada « probablement cet été ». Oussov distingue la corporatisation d'un transfert des entreprises à des propriétaires privés et souligne la différence sans détour :

« La corporatisation n'est pas une privatisation »

Pour 2020, il fixe comme objectifs l'adoption du programme, le lancement de l'accélérateur et l'attraction d'au moins dix entreprises privées, ainsi que les premiers pas vers l'accès à l'espace et vers un propre groupe de satellites. Selon son dessein, l'Ukraine doit obtenir un accès indépendant à l'espace d'ici cinq ans.

L'argent

Officiellement, le budget 2020 pour les trois directions s'élève à un peu plus de 600 millions de hryvnias, mais en réalité il est dix fois moindre. L'histoire de l'élimination du propergol est révélatrice : 160 millions de hryvnias avaient été demandés, 30 millions sont alloués, et encore pour le stockage, non pour l'élimination. Selon Oussov, le secteur a besoin d'au moins cinq milliards de hryvnias par an, dont la moitié provenant d'investisseurs et la moitié de l'État. Le programme, qui n'a jamais été adopté, coûtait 10 milliards de hryvnias.

Oussov considère le satellite Lybid comme un projet irréaliste. Une décision est attendue de l'arbitrage de Londres, et l'appareil ne peut être lancé que depuis Baïkonour par une fusée qui n'existe physiquement pas. Le projet conjoint ukraino-brésilien sur le cosmodrome brésilien d'Alcântara a traîné pendant quinze ans, ce qu'Oussov a qualifié d'inacceptable. Pour contexte : le crédit de 292 millions de dollars pour Lybid a été accordé en 2009 et remboursé par l'État en 2019, ce qui signifie qu'aucun nouveau financement n'a été alloué au projet en 2020.

Dans l'interview, Oussov a également évoqué des projets lunaires. Le bureau d'études Ioujnoïe prépare un projet de base lunaire industrielle, et parmi les acteurs privés du secteur, il a cité Firefly, Skyrora et des start-up.

Avertissement et suites

Oussov a conclu l'interview par un avertissement direct, que la rédaction d'UNIAN a repris en titre : « Si aujourd'hui on ne réforme pas radicalement le secteur spatial, dans quelques années il n'y en aura plus en Ukraine en tant que tel. » Sa nomination s'est déroulée sur fond d'une affaire pénale concernant des manuels scolaires, instruite par le BERE. Des perquisitions chez Oussov lui-même, à son domicile et à son bureau, ont eu lieu en décembre 2019, avant sa nomination, comme l'a rapporté TSN. Aucune source n'impute de soupçons personnellement à Oussov, et aucun jugement n'a été rendu dans cette affaire.

Oussov n'a pas mené sa mission à l'agence jusqu'au bout. Le 16 novembre 2020, le gouvernement l'a démis en vertu de l'article 87 de la loi sur la fonction publique, et Mykhaïlo Lev est devenu chef par intérim de la GKAO.

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Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Photographie: Иллюстрация Maralles, создана с помощью ИИ