La messagerie Telegram pourrait être moins protégée qu'on ne le pense : son infrastructure, selon IStories, est gérée par un homme dont les sociétés ont collaboré avec le renseignement russe. Le fondateur de Telegram, Pavel Durov, a souvent présenté la plateforme comme un espace de liberté d'expression et de confidentialité numérique, en particulier dans les pays autoritaires.
Or, comme l'écrivait IStories, les discussions sur Telegram ne bénéficient pas par défaut du chiffrement de bout en bout, contrairement à WhatsApp ou Signal. Si l'utilisateur n'a pas activé le « chat secret », la correspondance est déchiffrée et stockée sur les serveurs. « Cela signifie que celui qui contrôle le serveur peut accéder aux échanges », cite le média.
Qui gère les adresses
Cette infrastructure est maintenue par Global Network Management (GNM), une société méconnue d'Antigua-et-Barbuda qui a fourni à Telegram plus de 10 000 adresses IP, a découvert IStories. Le propriétaire de GNM, le citoyen russe Vladimir Vedeneev, a démontré devant un tribunal américain que sa société installe et entretient l'infrastructure de Telegram et emploie du personnel en Russie. Selon les documents judiciaires étudiés par IStories, Vedeneev occupe également le poste de directeur financier de Telegram.
De nombreuses adresses IP de GNM appartenaient auparavant à l'opérateur télécom pétersbourgeois Globalnet, que le média lie au Kremlin et aux services secrets russes, dont le FSB. Quelque 5 000 autres adresses IP de Telegram, selon IStories, proviennent d'une autre société pétersbourgeoise, Electrontelecom, que le média présente comme un sous-traitant du FSB : celle-ci installait et entretenait des systèmes de communication protégés pour des opérations de renseignement.
En 2022, Globalnet a déployé, à la demande du Roskomnadzor, des systèmes de surveillance du trafic des utilisateurs. Le vice-président de la commission de la Douma sur la politique de l'information, Oleg Matveytchev, déclarait alors que Telegram et le FSB étaient parvenus à un « compromis » : la messagerie aurait installé une infrastructure permettant aux autorités de surveiller les utilisateurs impliqués dans des affaires pénales, par exemple les suspects de terrorisme.
Identifiant d'appareil
Outre le déchiffrement et le stockage des messages, Telegram joint à chacun d'eux un identifiant unique d'appareil — « auth_key_id », a expliqué à IStories l'expert en cybersécurité Michal Vozniak. Celui-ci permet à la plateforme d'identifier l'appareil de l'utilisateur et de sélectionner la clé de déchiffrement adéquate. Combiné aux métadonnées — adresses IP et horodatages —, ce système, selon Vozniak, permet d'établir la localisation physique et les contacts d'une personne.
« Si quelqu'un a accès au trafic de Telegram et collabore avec le renseignement russe, cela signifie que l'identifiant d'appareil devient un véritable problème — un outil de surveillance globale des utilisateurs de la messagerie, où qu'ils se trouvent et quel que soit le serveur auquel ils se connectent », a-t-il déclaré à IStories.
La réponse de Telegram
Mardi, Telegram a affirmé qu'aucun de ses sous-traitants n'a accès aux données des utilisateurs ni à l'infrastructure critique, et que la société n'a ni employés ni serveurs en Russie.
« Tous les serveurs de Telegram appartiennent à Telegram et sont entretenus par des employés de Telegram. Tout accès non autorisé est impossible. Telegram n'a ni employés ni serveurs en Russie. Depuis sa création, Telegram n'a jamais transmis de messages personnels à des tiers, et son chiffrement n'a jamais été cassé », indique le communiqué du service de presse.
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