Vladimir Vedeneev, un cadre des télécoms de 45 ans au profil public quasi inexistant, possède la société Global Network Management (GNM), qui, selon les informations, gère l'équipement réseau de Telegram et contrôle des milliers d'adresses IP utilisées par la plateforme. D'après des documents judiciaires examinés par l'OCCRP, GNM louait à Telegram plus de 10 000 adresses IP et assurait la maintenance de l'infrastructure réseau essentielle qui achemine les messages.
Un rôle dans l'installation des équipements
Les pièces d'un litige judiciaire en Floride datant de 2018 ont montré que la société de Vedeneev avait participé à l'installation des équipements de Telegram et à leur support technique. Dans des témoignages cités par l'OCCRP, Vedeneev a déclaré que GNM s'occupait de « l'installation du matériel client — en l'occurrence pour Telegram Messenger — et du support technique ultérieur de ce matériel ».
De plus, les documents indiquent un rôle plus large : selon l'OCCRP, Vedeneev avait un accès exclusif à certains serveurs de Telegram dans un centre de données à Miami et détenait une procuration pour signer des documents au nom de Pavel Durov et de Telegram. L'un des contrats aurait été signé par Vedeneev à la fois en tant que directeur de GNM et en tant que directeur financier de Telegram ; dans son témoignage, il a qualifié ce montage d'« informel ».
Les métadonnées, risque principal
Telegram affirme n'avoir « jamais divulgué un seul octet de messages personnels ». Cependant, des experts en cybersécurité interrogés par l'OCCRP ont noté que la principale menace ne réside pas dans l'accès aux messages chiffrés, mais dans les métadonnées : adresses IP, identifiants d'appareils, localisation et schémas de communication. Contrairement à WhatsApp et Signal, Telegram n'active pas le chiffrement de bout en bout par défaut pour la plupart des discussions, et les utilisateurs s'appuient principalement sur les chats cloud stockés sur les serveurs de l'entreprise.
Le spécialiste Michał « rysiek » Woźniak a déclaré à l'OCCRP que le système de chiffrement de Telegram comporte un identifiant non chiffré, auth_key_id, qui permet potentiellement aux opérateurs réseau d'identifier des appareils spécifiques. « Si je connais l'auth_key_id de votre appareil et que je peux écouter le réseau par lequel les données transitent... je sais que c'est bien votre appareil qui communique avec les serveurs de Telegram », a-t-il expliqué.
Les experts ont averti que quiconque contrôle le trafic réseau peut potentiellement dresser des cartes d'activité des utilisateurs, même sans lire les messages chiffrés.
Des liens avec des structures d'État russes
L'OCCRP souligne qu'il ne dispose pas de preuves de transmission de données Telegram aux autorités russes par les sociétés de Vedeneev. Cependant, deux entreprises qui lui sont liées — GlobalNet et Electrontelecom — auraient eu des contrats avec des organismes d'État russes, dont le FSB et le GlavNIVTs — un centre informatique qui, selon certaines sources, participerait à la surveillance et à la planification militaire. Selon des documents comptables internes, Electrontelecom aurait aidé à installer et à entretenir des systèmes de surveillance pour les bureaux du FSB à Saint-Pétersbourg.
Cette publication intervient dans le contexte d'une procédure judiciaire en France visant Pavel Durov pour des accusations liées à des contenus illégaux sur Telegram. Durov présente la messagerie comme indépendante de toute influence étatique, mais les découvertes de l'OCCRP ajoutent un nouveau degré de complexité aux questions de longue date sur la sécurité et la transparence de la plateforme.
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